On peut tous le vérifier en quelques clics, sur des sources fiables : il y a plus de 40 000 neurones dans le cœur et 200 millions dans le système nerveux entérique. Ces données sont là, issues de travaux scientifiques reconnus, vérifiables et accessibles. Elles ne relèvent plus du mystère ou de l’hypothèse, mais elles remettent en question notre vision de l’intelligence et de la place qu’on lui accorde, ou qu’on lui refuse, dans le fonctionnement des organisations.
Si nous avons des neurones dans le ventre et dans le cœur, c’est peut-être parce que penser n’a jamais été une affaire purement cérébrale. C’est peut-être parce que comprendre, décider, agir, ne peuvent plus se concevoir sans ressentir. Cette intelligence-là, corporelle, émotionnelle, relationnelle, est pourtant encore trop souvent reléguée à l’arrière-plan dans le monde professionnel.
On parle d’intelligence émotionnelle depuis plusieurs années. Elle a trouvé sa place dans les discours sur le management, la coopération, la qualité relationnelle. Pourtant, on la réduit souvent à une aptitude douce, difficile à mesurer, que l’on dissocie du reste des compétences dites “cognitives”. Pourtant, en découvrant que d’autres organes sont dotés de neurones, une autre piste s’ouvre. Cette forme d’intelligence pourrait reposer sur une organisation plus étendue, où le cœur, le ventre et le cerveau agiraient ensemble.
Cela change notre manière même de définir ce qu’est penser. Il ne s’agit plus seulement de traiter des données ou de raisonner de manière formelle. Pensez à ces moments où une idée surgit, à cette intuition avant même de la formuler, aux atmosphères qu’on capte sans le savoir. Cette intelligence non verbale, soutenue par des sens internes et par le corps est bien réelle.
Ce que nous savons aujourd’hui, grâce aux neurosciences, à la biologie, à la médecine, à la psychologie relationnelle etc. n’est plus marginal, c’est établi. Des émotions ignorées désorganisent la pensée, un stress chronique altère les capacités d’attention, ce que nous appelons « manque de reconnaissance » n’est pas sans conséquence, le cœur, lui aussi, le ressent, non pas symboliquement mais biologiquement.
Et si la manière dont une organisation fonctionne pouvait affecter la façon dont on pense, dont on perçoit, dont on se relie aux autres ?
Et si ce que nous appelons bienveillance, empathie, attention ou écoute de l’autre n’était pas un plus à cultiver, mais un socle déjà là, qu’il s’agirait de reconnaître, d’accueillir et de laisser s’exprimer ?
Et si ces fameuses « Soft Skills » ou « compétences humaines » n’étaient pas des habiletés à acquérir, mais des formes d’intelligence que nous possédons, trop souvent mises de côté dans les fonctionnements dominants ? Une forme d’intelligence, enracinée dans la manière d’être en lien.
C’est là qu’il devient pertinent d’intégrer, au cœur des pratiques, des relations et des fonctionnements collectifs, l’humain dans sa globalité.
L’huminité est un nouveau mot, il désigne « l’humain dans sa globalité ». Une globalité faite de dimensions physiologique, émotionnelle, relationnelle, cognitive et sociale, avec tout ce que cela implique en matière de santé, d’équilibre et de besoins fondamentaux, d’ancrage dans un environnement vivant, mais aussi de formes d’intelligences multiples, sensibles, parfois encore difficiles à nommer, qui participent pleinement à la manière d’être au monde, de comprendre et de relier.
Reconnaitre l’huminité dans les organisations, c’est accorder enfin l’attention à ce que nous avons appris à mettre de côté.




